
Trois poètes libertaires : Prévert, Vian, Desnos.
Porté par son indéfectible, sincère et profond amour de la poésie, Jean-Louis Trintignant, après s’être consacré avec succès aux textes d’Apollinaire ou de Jules Renard, se propose désormais de redécouvrir trois grands poètes libertaires du XXème siècle : Jacques Prévert, Boris Vian et Robert Desnos… Trois poètes souvent, trop souvent, massacrés à l’école, déconsidérés, envisagés comme de simples chansonniers, récupérés par la publicité… Trois poètes dont l’œuvre, malgré la renommée de l’auteur, est méconnue, voire méprisée. Alors c’est à cette belle tâche que s’est consacré Jean-Louis Trintignant, non pas réhabiliter, ni même sauver des feux de l’Éducation nationale, mais juste faire entendre, une fois, peut-être pour la première fois, la beauté et la singularité de chacun. Les faire entendre tels qu’ils ont toujours été et que l’on a si peu vus comme tels… Accompagné pour l’occasion du musicien qui n’aime rien autant que le silence, l’accordéoniste Daniel Mille, et du jeune violoncelliste Grégoire Korniluk, Jean-Louis Trintignant a fait sien le vers de Prévert : «Il ne fait jamais faire les choses à moitié».
Voilà quelques années, sous un ciel étoilé, dans l’immensité de la Cour d’honneur du Palais des papes, à Avignon, il donnait chair, de façon merveilleuse, aux mots d’Apollinaire, après ceux d’Aragon. Éloigné des plateaux de cinéma, Jean-Louis Trintignant trouve désormais son bonheur sur scène, dans la poésie. Nouveau témoignage, avec trois poètes libertaires, Prévert, Desnos et Vian, qu’il réunit pour un riche voyage.
Entretien avec Jean Louis Trintignant :
Qu’ont de commun Prévert, Desnos, et Vian, que vous avez décidé de rassembler le temps d’un spectacle ?
Ce sont tous trois des poètes libertaires. J’aime beaucoup leur esprit de gauche, leur intérêt pour les gens qui sont un peu mis à l’écart, leur refus de l’autorité. Je trouve que ça fait du bien, cet esprit de liberté, à une heure où on vit écrasé par tant de diktats…
Vous les avez découverts en même temps ?
Disons que je les connaissais tous, mais assez superficiellement. Puis j’ai lu, encore, encore, et découvert des choses merveilleuses. C’est Vian qui m’a le plus surpris : sa poésie, magnifique est beaucoup moins connue que ses romans. Tout comme certains recueils de Prévert comme La Pluie et le Beau Temps. Il y a une vraie modernité dans certains textes, par exemple Étranges étrangers, qui parle des sans-papiers, et qui est paru… en 1955 !
Comment faire un choix dans une masse aussi abondante ?
Par les thèmes. Moi, j’avais surtout envie de parler d’amour. C’est un thème essentiel et ils en parlent très bien. Tous trois en ont bavé avec les femmes… mais se sont aussi régalés (rires). Il y a aussi la mort, qu’ils évoquent de façon cynique, légère, pas du tout catastrophée.
Ce spectacle est une façon de poursuivre un voyage poétique commencé avec Aragon et poursuivi avec Apollinaire…
Oui, mais Apollinaire, tout en étant très beau, est plus sophistiqué, plus élitiste peut-être. Prévert, Desnos et Vian sont plus simples, plus accessibles, il me semble. Mon metteur en scène, Gabor Rassov, m’a suggéré de ne pas dire de poésie, mais plutôt de raconter des histoires dans une jolie langue. Et c’est ce que je fais.
Vous vous amusez aussi, sur scène…Bien sûr ! Ces poèmes sont très beaux et profonds, mais aussi, pour certains, très drôles et pleins de fantaisie. Bon, on ne se tord pas de rire, mais c’est amusant, cela renvoie parfois à l’enfance et ça me touche.
« Assis sur un haut tabouret, sourire doux, il se tient les mains, regarde ses chaussures. On croirait un gosse timide qui va réciter une poésie… Jean-Louis Trintignant a l’esprit et le coeur pleins de poèmes, mais il ne les récite pas. Il raconte des histoires. Jacques Prévert, Boris Vian, Robert Desnos, l’acteur a pioché dans leur immense répertoire une trentaine de textes, qui courent des années 1930 aux années 1950. Qui disent l’amour de la vie et la douleur de la mort, la souffrance de perdre un être aimé et l’atrocité de la guerre, mais aussi l’amour et la légèreté. Prévert est bon enfant, Vian noceur en diable, Desnos plus sombre, et son destin sera tragique… Ce qui les relie, une soif de liberté, un appétit de vivre qui leur fait tout ensemble adorer les femmes et détester l’injustice, clamer leur colère ou se marrer franchement. Drôles et pleins de fantaisie, Adrienne (Prévert) et L’Éléphant qui n’a qu’une patte (Desnos), poignants, Le Déserteur (Vian), Étranges étrangers (Prévert, 1955) et La Rue Saint-Martin (Desnos), ces poèmes, joliment tricotés, émeuvent et remuent. Parfois, les mots laissent la place aux notes, délicates, mélancoliques de Grégoire Korniluk (violoncelle) et Daniel Mille (accordéon). Jeux de mots ou d’images, fables joyeuses ou chants profonds, leur monde est peuplé de drôles d’oiseaux et de fantômes, de résistants et de combattants, d’amoureux fous et d’amis fidèles. Jean-Louis Trintignant nous y embarque avec tendresse et bonheur. Un petit bijou. Nedjma Van Egmond -- Le Point.
« Aujourd’hui, devant des salles combles, Jean-Louis Trintignant donne un spectacle intitulé Trois poètes libertaires : Desnos, Prévert, Vian, récitant leurs poèmes, lisant des textes d’eux. Interviewé à la radio, il rapporte le mot d’un ami : «Au fond, Vian est un raté.» Ça ne le choque pas, lui qui adore Vian. Il concède que Boris Vian romancier n’a pas la taille d’un Raymond Queneau, n’est pas un poète aussi électrisant que Robert Desnos, aussi fécond et populaire que Prévert. Un musicien amateur, un chanteur sans voix, un dramaturge sans public, un moderne Pic de La Mirandole, savant de tout et surtout de rien, et c’est justement pourquoi il l’aime et même le préfère : un raté magnifique. » Michel Contat -- Le Monde
Un spectacle d’une grande tendresse et d’une grande profondeur. Les textes choisis sont vrais, authentiques, vécus, crus, violents, joyeux, légers et emplis de musique. J’ai aimé la performance de l’acteur, sa simplicité, son unicité et son ardeur à nous faire partager l’âme de chaque auteur. Nous nous délectons de tous les mots par lesquels Jean-Louis Trintignant nous invite au voyage de l’imaginaire de la poésie et de sa parfois brutale réalité. Une standing ovation pendant un long moment ne pouvait que remercier le cadeau qu’il nous a donné.
http://www.maisondelaculture-amiens.com/www/spectacles/jean-louis_trintignant/fiche/storage/spectacles/liens/2011_09_16_18_04_41_dp_jeanlouis_trintignant.pdf